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Jean Tardieu ~ Hollande (1962)
Ce que je comprends devient songe
T outes les fenêtres à la fois s’ouvrent, et d’un bond, je franchis mes limites. Des courants me délivrent, m’entraînent, me rassemblent. Ce qui s’annonce par l’embrun, ce qui provoque la rencontre et la séparation des eaux (sans cesse mariées et brouillées, évaporées, condensées, en pluie retombées), ce qui retient et retire, concentre et disperse, ces vouloirs opposés, irrésolus, soudain foudroyants, ces montagnes d’allusions les unes sur les autres entassées jusqu’au plus haut point de l’horizon vertical et que le vent peu à peu défigure et ruine, ces longues rêveries des heures où rien ne se passe, où tout se transforme lentement pour finir par un coup de colère, ces millions de chiffres de l’averse qui par morceaux accumulés font des grands nombres souverains, ces violentes caresses à rebours qui griffent la surface aisée où tout peut apparaître,
- là, dans les profondeurs de ce vaste délire naturel qui se contemple sans se connaître, là s’inquiète, s’irrite, retombe, s’apaise, se prépare une puissance sans mesure dont je suis moi-même secoué et qui me fait pareil aux mouvements du ciel et de la mer.
Jean Tardieu… Les volumes de la mort ne sont pas ceux de l’immortalité (15.11.1945)
(Ce texte commente une photographie du masque mortuaire de Haydn)
Poursuite de l’aigu vers les sourcils du ravissement pur.
Calme de la vitesse acquise et conservée.
C’est dans nos yeux de sourds que la musique veille.
Là où les hommes se rassemblent pour se taire, elle déploie sur leurs fronts inhabitables une averse de pas assurés.
Arpèges d’eau vive… retour à la source
Le 24 juillet…
Bon anniversaire à mon fils…
Quel bon esprit de venir au monde pour fêter sainte Christine…
Le 25… En cheminant vers Compostelle…
Bon anniversaire à vous…
Quel bon esprit de venir au monde pour fêter saint Jacques…
Le diagnostic d’un lymphome est souvent entravé par les symptômes généraux dont les manifestations donnent à penser à tout, sauf à un lymphome.
- Jean Tardieu – FORMERIES – MORTEL BATTEMENT – Un chemin
Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas/
Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas/
Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris/
Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.
www.alexiskossenko.com/fr/2010/11/14/joseph-touchemoulin-1727-1801/
Jean Tardieu – DA CAPO ~ LA VOIX
Il me semble avoir, toute ma vie, entendu une certaine voix, étrangère à moi-même et pourtant très intime, qui me parle par intermittence et ne peut pas ou ne sait pas, ou ne veut pas me dire tout ce qu’elle sait. Un guide quelquefois, parfois un abîme, un conseil dangereux, mais toujours une vérité revenue de très loin, exigeante et irréfutable, une sorte de démon de la conscience, de la connaissance (ou plutôt de l’inconnaissance), m’imposant le devoir absolu de transcrire avec soin, ses injonctions, ses plaintes et même ses menaces.
Lorsqu’à mon tour, c’est moi qui interroge et qui demande : « Pour qui ? Pour quoi ? Dans quel but ? », Cette voix ne répond pas, mais elle a du moins le pouvoir de me communiquer une certitude obscure : c’est que (peut-être dans ce monde, peut-être hors du monde), il existe une région sereine, innocente où tout est su, compris et consommé d’avance. Où la rencontre d’un seul avec tous est non seulement possible mais attendue depuis toujours. Au-delà de toute vie et de tout déclin, de toute présence et de toute absence, de toute joie, de toute douleur, au-delà même de toute parole, une « réconciliation » avec ce qui nous dépasse et nous dévore. La fusion et le retour des êtres séparés qui se retrouvent dans l’unité, dans l’absence originelle.
Gabriel Celaya – RAPSODIA EUSKARA (1960) ~ CANTO A LOS JUEGOS VASCOS
… ¡El ritmo, sōlo el ritmo!
El ritmo en nuestros cuerpos y el ritmo en los planetas.
El ritmo en los pulmones que aspiran y que expiran,
y en los cielos a vueltas.
El ritmo en el esfuerzo y el ritmo en el descanso,
y el ritmo del que baila la noble “espatadantza”
y cada vez que salta logra una nueva marca
como el remero vasco que acompasa su esfuerzo,
quizás tan sōlo danza.
Jean-Georges Lossier
Poésie complète, Éditions Empreintes, Lausanne 1995
Une quête intérieure
La poésie est une quête qui a pour objet non le monde concret mais une épaisseur de l’être où l’homme se cherche en un point crucial. Comme si la poésie devait donner des mots de passe pour parvenir à un autre monde, comme si elle devenait itinéraire intérieur.
Mais comment le poète ne serait-il pas tourmenté d’avoir à dire les déchirements profonds avec des moyens fragiles et de percevoir également que l’écartèlement le plus violent ne peut se résoudre que dans le silence ? Car il n’est plus de mots pour témoigner des confrontations suprêmes lorsque tout cède en nous afin que parle enfin une lumière qui nous remplit et nous accorde à la fois avec le passé et le futur, avec les aïeux qui racontent et les morts qui appellent.
Jean Tardieu – DA CAPO ~
SOURCE CACHÉE DE LA LUMIÈRE *
Pour Alix et Nano
Cela se passait dans une rue dela Rome des Césars, à la fin d’un jour d’été, devant le bâtiment austère des Douanes impériales, ravivé par le va-et-vient populaire.
L’énigme qui nous surprend ici – ou plutôt la révélation -, c’est que la lumière du Caravage (conçue comme une liqueur qui nous rend ivres) en accentuant les contrastes, fait surgir de la tiède pénombre le relief des personnages et des objets, de façon à transfigurer le réel, même le plus trivial.
À ce tournant prodigieux du XVIe siècle finissant et du XVIIe qui vient de commencer, les monuments tutellaires des institutions vacillent sur leurs bases de marbre, les découvertes des savants cherchent à faire sauter toutes les chaînes. Pour se défendre contre les risques d’une explosion, la Théologie fait appel à des ruses paradoxales et se déguise, en faisant semblant de jouer le jeu de ses ennemis : l’humilité, la pauvreté. (Tant pis pour les chasubles chamarées !)
Bientôt l’Imaginaire va bondir. Ce n’est pas par hasard que des créateurs de génie, encore muselés, mais hardis comme l’espérance, font monter notre vie et notre monde sur les marches magiques du théâtre.
* La vocation de saint Mathieu, tableau de M.A. Merisi (1610), dit « Il Caravaggio », chapelle Saint-Louis-des-Français, Rome.
(Les mots tutellaires et chamarées sont orthographiés ainsi dans le texte paru chez Gallimard nrf)
Jean Tardieu – La première personne du singulier (1952)
Le soi-même de chacun
On en parle beaucoup. Il est toujours là. On ne le voit pas. Est-ce que c’est une chose ? – Non. Est-ce que n’est un animal ? – Peut-être. Est-ce que c’est un être humain ? – Pas toujours.
Bon ? Ou méchant ? – Impossible de le savoir. Quel visage ? – Pas forcément le mien et si je le voyais, peut-être aurais-je peur. Ne suis-je pas qu’il me tire en arrière et dévore ma vie ?… Cela est bien assez inquiétant déjà.
Je vais feindre de l’ignorer. Minute ! Évitons de lui parler en face ! (Si je lui dis « tu », c’est moi qui m’effondre.)
Cependant il bouge quand je bouge, s’arrête quand je m’arrête. Comment fuir, au pied des murs des maisons hautes, son pas qui est l’écho de mon pas ?
Seule une étendue sans trace humaine – forêt, mer ou marais – absorbe aussitôt cette image. Je crois en être délivré. À moi, dis-je, à moi !…
… À moi tous les temps du verbe ! Puisque je marche, que tu marches, qu’il marche, respirons ! Ne me parle pas, laissez-nous seuls ! Tu peux dormir : il est mort, je suis sauvé.
Merci pour ce logo-récompense qui m’a été décerné par :
http://princesskdj.wordpress.com/
La règle du jeu ? Copier le logo et le site parrain, les afficher; puis révéler sept secrets et sept blogs méritant la distinction; informer les élus.
Afin de ne pas rompre la chaîne, tout en demeurant dans la trajectoire des Léoncioles… “mes” secrets feront l’objet du billet suivant.
Mon choix porte sur :
http://omillou.worpress.com/ mise à jour/09.11/blog fermé
http://cerisemarithe.worpress.com/ mise à jour/09/ blog ouvert mais inaccessible ici, par ce lien
http://yllisa.over-blogs.com/ mise à jour/09.11/blog fermé
http://traces.typepad.com/blog/
http://devillechabrolle.typepad.com/devillechabrolle/
http://phedrienne.worpress.com/2010/09/15/editorial/



