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Jean Tardieu – DA CAPO ~ LA VOIX
Il me semble avoir, toute ma vie, entendu une certaine voix, étrangère à moi-même et pourtant très intime, qui me parle par intermittence et ne peut pas ou ne sait pas, ou ne veut pas me dire tout ce qu’elle sait. Un guide quelquefois, parfois un abîme, un conseil dangereux, mais toujours une vérité revenue de très loin, exigeante et irréfutable, une sorte de démon de la conscience, de la connaissance (ou plutôt de l’inconnaissance), m’imposant le devoir absolu de transcrire avec soin, ses injonctions, ses plaintes et même ses menaces.
Lorsqu’à mon tour, c’est moi qui interroge et qui demande : « Pour qui ? Pour quoi ? Dans quel but ? », Cette voix ne répond pas, mais elle a du moins le pouvoir de me communiquer une certitude obscure : c’est que (peut-être dans ce monde, peut-être hors du monde), il existe une région sereine, innocente où tout est su, compris et consommé d’avance. Où la rencontre d’un seul avec tous est non seulement possible mais attendue depuis toujours. Au-delà de toute vie et de tout déclin, de toute présence et de toute absence, de toute joie, de toute douleur, au-delà même de toute parole, une « réconciliation » avec ce qui nous dépasse et nous dévore. La fusion et le retour des êtres séparés qui se retrouvent dans l’unité, dans l’absence originelle.
Gabriel Celaya – RAPSODIA EUSKARA (1960) ~ CANTO A LOS JUEGOS VASCOS
… ¡El ritmo, sōlo el ritmo!
El ritmo en nuestros cuerpos y el ritmo en los planetas.
El ritmo en los pulmones que aspiran y que expiran,
y en los cielos a vueltas.
El ritmo en el esfuerzo y el ritmo en el descanso,
y el ritmo del que baila la noble “espatadantza”
y cada vez que salta logra una nueva marca
como el remero vasco que acompasa su esfuerzo,
quizás tan sōlo danza.
Jean-Georges Lossier
Poésie complète, Éditions Empreintes, Lausanne 1995
Une quête intérieure
La poésie est une quête qui a pour objet non le monde concret mais une épaisseur de l’être où l’homme se cherche en un point crucial. Comme si la poésie devait donner des mots de passe pour parvenir à un autre monde, comme si elle devenait itinéraire intérieur.
Mais comment le poète ne serait-il pas tourmenté d’avoir à dire les déchirements profonds avec des moyens fragiles et de percevoir également que l’écartèlement le plus violent ne peut se résoudre que dans le silence ? Car il n’est plus de mots pour témoigner des confrontations suprêmes lorsque tout cède en nous afin que parle enfin une lumière qui nous remplit et nous accorde à la fois avec le passé et le futur, avec les aïeux qui racontent et les morts qui appellent.